Le Pays Basque est souvent présenté comme un pays de cocagne, bercé par les vagues de l’Atlantique et rythmé par ces maisons blanches aux volets rouges synonymes de décor de carte postale pour certains ou d’héritage culturel précieux pour d’autres. Quoi qu’il en soit, rares sont ceux qui associeraient le Pays Basque et les heures les plus sombres qu’ait connu la France au siècle dernier.

Le Pays Basque est souvent présenté comme un pays de cocagne, bercé par les vagues de l’Atlantique et rythmé par ces maisons blanches aux volets rouges synonymes de décor de carte postale pour certains ou d’héritage culturel précieux pour d’autres. Quoi qu’il en soit, rares sont ceux qui associeraient le Pays Basque et les heures les plus sombres qu’ait connu la France au siècle dernier. Et pourtant, entre juin 1940 et août 1944, les Basques de France ont vécu quatre années d’occupation allemande dont les traces restent autant vives dans les mémoires que visibles dans les paysages. Récit d’une période trouble en cinq dates.

27 JUIN 1940 : Arrivée des soldats allemands au Pays Basque.

Dès le lendemain de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939, l’ordre de mobilisation générale est donné. Tous les hommes valides de 20 à 48 ans sont appelés sous les drapeaux. La “Drôle de Guerre” débute alors et aboutit quelques mois plus tard à la défaite et la signature de l’armistice le 22 juin 1940. Les populations sont alertées de l’approche des premières troupes d’occupation.

E dépôt Saint-Jean-de-Luz 4 H 36 (SDA 64 – Bayonne)

Les premiers soldats allemands arrivent en Pays Basque dès le 27 juin 1940. Ce sont des unités motorisées qui empruntent la Nationale 10 avec pour objectif d’atteindre et fermer la frontière avec l’Espagne et ainsi, empêcher la traversée des nombreux ponts et chemins de montagne. En effet, depuis le début du mois de juin, de très nombreuses personnes cherchent à trouver refuge en Espagne en traversant la Bidasoa entre Hendaye et Fontarrabie. Parmi eux, la mémoire populaire se souvient du Duc et de la Duchesse de Windsor (c’est-à-dire l’ancien roi d’Angleterre Edouard VIII) ainsi que de nombreux diplomates fuyant Paris ou même Bruxelles. 

Non cotée. Photo du fonds Aubert – © Bibliothèque municipale de Bayonne

Dès le lendemain de la signature de l’armistice, alors que le carburant manque déjà depuis plusieurs jours, la file d’attente pour traverser le pont sur la Bidasoa atteint plus d’un kilomètre de long. Il est rapporté que la veille de l’arrivée des soldats allemands, 10000 Polonais purent quitter la France par la mer depuis Saint Jean de Luz, escortés par la marine anglaise. Puis, le matin même du 27 juin 1940, l’une des dernières personnes à traverser le poste de frontière n’est autre que Hugh Gibson, diplomate américain et ami personnel du président Roosevelt. À midi, les premiers soldats allemands atteignent le poste frontière et bloquent les routes des cols pyrénéens.

Ainsi commencent quatre longues années d’occupation du Pays Basque français qui verront se dresser les blockhaus du Mur de l’Atlantique, s’abattre les bombes alliées sur Bayonne ou Biarritz puis, après d’âpres combats, le départ des dernières troupes allemandes en août 1944.

4 AVRIL 1942 : Échec de l’Opération Myrmidon

Dès la rupture du pacte germano-soviétique et plus encore à partir de l’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, l’Allemagne décide de renforcer la protection du littoral atlantique occupé et les plages et embouchures sont étroitement surveillées. Dès lors, la baie de Saint Jean de Luz, la Grand plage de Biarritz ou celle d’Hendaye ne sont plus des lieux de villégiature pour soldats allemands envoyés en Pays Basque et commence la construction d’un réseau de blockhaus dont les traces sont encore visibles aujourd’hui.

Soldats allemands photographiés sur la plage de Biarritz – © DR Archives municipales de Bayonne

Winston Churchill et l’état major britannique décident de tester la solidité du système défensif allemand sur l’arc atlantique et prévoient deux opérations simultanées aux alentours des fêtes de Pâques 1942. La première, baptisée opération “Charlot” doit avoir lieu dans les environs de Saint Nazaire et la seconde, répondant au nom de code “Myrmidon”, entre Saint-Jean-de-Luz et Bayonne. Le commandement allié croit avoir observé que la vigilance des troupes allemandes s’atténue en période de fêtes.

Batteries côtières en 1942 – © PAYS BASQUE D’ANTAN

En tout, 3000 hommes de troupes sont mobilisés dans le cadre de l’opération “Myrmidon”, répartis sur 2 paquebots et 8 navires de guerre anglais. Leur mission est de débarquer dans l’estuaire de l’Adour puis d’affaiblir voire anéantir les communications ferroviaires entre la France occupée et l’Espagne. 

Finalement, l’opération est revue à la baisse et seulement 800 fusiliers marins britanniques accompagneront la centaine de soldats français commandés par le lieutenant-colonel Pierre de Chevigné. Celui-ci a été nommé chef de la Mission militaire de la France libre à Washington quelques semaines plus tôt et détaché plusieurs semaines au Combined Operations à Londres (connus commes les commandos de Lord Mountbatten).

Ce n’est qu’au large des côtes de la Galice (Espagne) que les troupes prennent connaissance de leur mission : détruire les batteries côtières aux abords de l’embouchure de l’Adour et affaiblir la capacité maritime allemande amarrée dans le golfe de Gascogne. Par ailleurs, il s’agit aussi de bombarder les infrastructures industrielles et portuaires de la ville de Bayonne, notamment ses usines d’aéronautique et de poudrières.

Cependant, après une panne en mer, l’un des paquebots (le Princess Beatrix) arrive avec une heure de retard sur les lieux de l’opération. Une heure qui rendra toute l’opération impossible à mener car une violente dépression maritime s’est levée et empêche les barges de débarquement d’atteindre les côtes basques. Seules deux d’entre elles parviendront à franchir les vagues et entrer dans l’embouchure de l’Adour, dont celle commandée par Pierre de Chévigné. Isolé et sans renfort, il décide de rebrousser chemin et atteint les vaisseaux anglais sous un échange de tirs nourri entre les batteries allemandes alertées et un destroyer anglais.

Princess Beatrix – © Harwich & Dovercourt

Malgré les attaques de l’aviation allemande, les troupes anglo-françaises parviennent à rejoindre les côtes britanniques en n’ayant essuyé aucune perte humaine. Parmi les soldats français présents lors de cette opération avortée, notons la présence du capitaine de Boissieu, futur gendre du général de Gaulle.

8 JUIN 1944 : Rafle des résistants et passeurs basques

Pour les Basques, la frontière entre la France et l’Espagne n’est très souvent qu’une idée fantaisiste qui ne résiste pas aux amitiés, aux relations familiales ou aux activités commerciales qui nécessitent un passage plus ou moins légal des cols et chemins de montagne. C’est ainsi que de nombreux contrebandiers sont devenus résistants, organisant le passage en Espagne de réfugiés de guerre, de pilotes alliés ou bien d’illustres inconnus fuyant l’occupation et la guerre.

Non cotée. Photographies du fonds Aubert – © Bibliothèque municipale de Bayonne

Mais cette porosité de la frontière franco-espagnole en terre basque devient tellement contrariante pour les autorités allemandes qu’un espion français du nom de Frédéric Martin y est envoyé ans le but d’infiltrer les réseaux de passeurs et de procéder à d’horribles interrogatoires qui aboutissent à la grande rafle du 8 juin 1944. Cet homme recruté par l’Allemagne dès 1928, arrêté par la police française pour espionnage en 1935 est finalement libéré en 1940. Il arrive en Pays Basque vers la fin de l’année 1942. Il y bâtit un réseau de près d’une centaine d’agents allemands et français, mais aussi 30 volontaires espagnols de la Division Azul portant l’uniforme allemand. Logés dans les villas et hôtels cossus de Saint-Jean-de-Luz, ils vont méticuleusement tracer leur toile pour aboutir à l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes, dont 26 membres du groupement local Nivelle-Bidassoa, le 8 juin 1944.

Parmi eux, nombreux avaient exercé des fonctions publiques, politiques ou religieuses, dont Léon Lannepouquet (maire d’Hendaye démis de ses fonctions en 1941), l’abbé Paul Simon (curé de la paroisse Sainte Anne d’Hendaye) ou Joseph Abeberry (maire de Ciboure démis de ses fonctions en 1941 également). 

Hommage aux déportés d’Hendaye – © Archives journal Sud Ouest

Après avoir été interrogés et torturés par la Gestapo, au moins quarante d’entre eux sont déportés dans les camps allemands, très peu y survivront. C’est aussi un coup d’arrêt important à l’exfiltration vers l’Espagne des pilotes alliés dont les avions ont été abattus par la DCA allemande, seulement deux jours après le débarquement en Normandie. Plus de deux mois vont s’écouler avant de voir le départ définitif des soldats allemands des terres et rivages basques. Frédéric Martin, connu sous le nom de code Rudy de Mérode, choisira de fuir en Espagne au moment de la Libération. Il y mourra en 1970 sans avoir jamais été inquiété et est enterré au cimetière d’Almudena à Madrid.

23 AOÛT : Libération du Pays Basque

À partir du printemps 1944, des opérations aériennes alliées sont programmées sur le littoral basque. La plus importante a lieu le 27 mars 1944 avec le bombardement de Biarritz et d’Anglet par l’US Air force. Puis, le succès du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, force l’armée allemande à rappeler ses troupes stationnées plus au sud de la France afin de repousser les forces de libération de la France. Au cours du mois d’août 1944, les derniers affrontements en Pays Basque ont lieu entre le 21 et le 23.

Non cotée. Photo du fonds Aubert – © Bibliothèque municipale de Bayonne

La presse espagnole fait mention d’une dernière entrevue entre l’officier allemand en poste à Hendaye et ses collègues espagnols dans la matinée du 21 août. Et dès 17h30, c’est le drapeau français qui flottait sur le poste frontière, hissé par un groupe de FFI. Dans sa marche vers le nord, l’armée allemande prend soin de dynamiter les ouvrages fortifiés et le matériel lourd qu’elle ne peut emmener avec elle. On note aussi la présence de trois croiseurs américains au large des côtes basques en fin de cette première journée de libération du Pays Basque.

Biarritz sera évacuée le lendemain avant les premières lueurs du jour, mais ça n’est que le sur-lendemain, le 23 août 1944, aux alentours de sept heures du matin, que les troupes allemandes ont définitivement quitté Bayonne et la côte basque.

Dans l’intérieur du pays, de violents combats auront lieu jusqu’au 22 août, notamment à Tardets entre la garnison allemande et les forces du maquis (FFI  et ORA). La reddition allemande aura lieu ce même 23 août. Le Pays Basque voit ainsi la fin de l’occupation allemande après quatre longues années. De nombreuses infrastructures, habitations et vies sont à reconstruire.

Port vieux de Biarritz après les bombardements alliés de mars 1944 – © E dépôt Biarritz 167 ph 014 (SDA 64 – Bayonne)

7 SEPTEMBRE 1947 : Visite du général de Gaulle

À l’été 1947 et après avoir créé son mouvement politique, le RPF (Rassemblement Pour la France), le Général de Gaulle entame une tournée dans la France entière qui passe par le Pays Basque au début du mois de septembre. Cette visite de deux jours comporte notamment un discours face à une marée humaine à Bayonne le 6, puis une visite plus intimiste à Ascain le lendemain afin d’honorer la mémoire de la Résistance basque.

Discours de De Gaulle à Bayonne en 1947 – © PAYS BASQUE D’ANTAN


Extrait du quotidien Le Monde daté du 7 septembre 1944: 
“Lundi matin il se rendra à Ascain, à 10 heures. Ascain est un petit village de quelques centaines d’habitants, à six kilomètres de Saint-Jean-de-Luz, au pied des montagnes. C’est là que le général posera officiellement la première pierre du monument qui sera élevé plus tard au sommet de la Rhune, point culminant de la région, en souvenir de ceux qui franchirent clandestinement la frontière franco-espagnole sous l’occupation. Ce monument figurera une immense croix de Lorraine en marbre des Pyrénées, à l’intérieur de laquelle seront déposées, scellées dans la pierre, une adresse des évadés de France au général de Gaulle et la réponse de celui-ci.”

Charles de Gaulle à Ascain – © Revue Jakintza

Lors de cette visite historique, deux membres du réseau Nivelle-Bidassoa durement touché par la rafle du 8 juin 1944 sont honorés par le Général de Gaulle. Leur est remise la Croix de Guerre avec citation au titre de la Résistance. Il s’agit de François Bertrand (ancien secrétaire de mairie) et de Jean Carrère (vicaire d’Ascain). Prévenus à temps, ils avaient pu fuir dans la montagne et y rester cachés jusqu’à ce que leur vie ne soit plus en danger. Le monument élevé en mémoire des évadés de France est toujours visibles dans le village.

Plaque commémorative aux Évadés de France – © Wikicommon – Kerlavarec

L’épisode complet de Café Vadrouille à Ascain est à retrouver ici :

SOURCES

  • Esteban, Michel. Regards sur la Seconde Guerre Mondiale au Pays Basque. Editions Elkar. (Décembre 2007)
  • 70ème anniversaire Rafle du 8 juin 1944 et Libération de la Côte Basque, Revue Jakintza, n° 66 (Juin 2014)
  • ARCHIVES JOURNAL LE MONDE :  Le voyage du général de Gaulle dans le pays basque (paru le 8 septembre 1947)

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