Quand j’étais petit garçon, j’ai eu une grande phase « James Bond ». J’étais fier de dire que je les avais tous vus, et l’un de mes préférés était Dangereusement vôtre. J’étais comme un dingue de voir ce héros de mon enfance faire des poursuites (certes un peu kitsch mais efficaces) dans Paris et au sommet de la Tour Eiffel. Dans ce film, Roger Moore mène une enquête plus ou moins liée au monde équestre. Le méchant joué par Christopher Walken, accompagné de sa sbire Grace Jones, l’invitent à le rejoindre dans le décor d’un magnifique château français avec des écuries grandioses. Ce lieu m’était alors inconnu et ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai découvert que cet endroit splendide était le domaine de Chantilly. 

Puis, à la fin du premier confinement, Bertrand m’a proposé d’y aller passer une journée. Alors, le gamin en moi qui était fan de James Bond a sauté sur l’occasion pour découvrir les lieux, qui ne sont qu’à une quarantaine de kilomètres de Paris. Nous voilà donc partis en vadrouille ! 
En octobre dernier, lorsque nous avons tourné notre tout premier épisode de Café vadrouille à Senlis, nous étions frustrés de ne pas vous parler de Chantilly, pourtant situé juste à côté. Alors, nous nous rattrapons avec cet article.

Le Prix de Diane à Chantilly

Le domaine de Chantilly, c’est 7800 hectares, donc il y a de quoi faire. Au centre d’une immense forêt, se trouve le magnifique château reconstruit au 19ème siècle, ainsi que les grands jardins français imaginés par Le Nôtre, mais également les écuries et l’hippodrome. 

On commence notre vadrouille par les grandes écuries. Tout d’abord, le bâtiment est un chef d’oeuvre de l’architecture du 18ème siècle. Les écuries sont tout simplement considérées comme les plus belles du monde, c’est en quelque sorte le « Versailles du cheval ». Pour vous situer, ici, à Chantilly, on est chez la famille de Condé, qui sont les cousins du Roi. Et chez les Condé, on veut montrer au Roi Louis XV qu’il n’y a pas qu’à Versailles qu’on est capable de se vautrer dans la grandeur et la luxure.

Donc on construit des écuries ridiculement somptueuses pour concurrencer Versailles. Construites par Louis-Henri de Bourbon, le cousin et premier ministre de Louis XV, le but de la démarche est de mettre en valeur la noblesse du cheval et de l’allier à l’élégance des écuyers. L’édifice de plus de 200 mètres de long, et de 30 mètres de hauteur pouvait accueillir jusqu’à 250 chevaux et environ 500 chiens de chasse. Aujourd’hui, les écuries abritent le musée du cheval et on y conçoit des spectacles de dressage. 

Saut d’obstacle devant le château de Chantilly

Juste à côté, l’hippodrome est « the place to be » pour les courses hippiques. Chaque année au mois de juin se déroule le grandiose prix de Diane, qui est l’équivalent du festival de Cannes dans le monde équestre. Au programme : courses hippiques, pique-nique sur l’herbe, défilé de chapeaux, paillettes et glamour. C’est l’endroit où il faut être vu dans la bonne société. 

Continuons notre vadrouille en se rapprochant du coeur du domaine, où l’on découvre environ 100 hectares de jardin à la française, conçus par le plus grand jardinier de l’histoire de France, j’ai nommé le fameux André Le Nôtre (on ne parle pas du traiteur, attention !). Jardinier de Louis XIV, il est à l’origine des jardins de Versailles, mais aussi de ceux de Fontainebleau, de Vaux-le-Vicomte, et de Chantilly, entre autres. S’il a dédié la majeure partie de son activité au parc de Versailles, on sait que ce qu’il considère comme son travail le plus abouti est ici, à Chantilly. 

Les jardins de Le Nôtre à Chantilly

Après avoir traversé les immenses jardins à la française, on arrive enfin au château. Ce que l’on voit devant nos yeux est un château du 19ème siècle, donc un édifice plutôt récent qui a été reconstruit sur des bases plus anciennes. Ayant beaucoup souffert de la Révolution, la reconstruction du château est intimement liée à un personnage emblématique du XIXème siècle : un certain Henri D’Orléans, Duc d’Aumale. 

En évoquant ce personnage, c’est toute l’histoire du XIXème siècle que l’on aborde, et si vous avez encore de vagues souvenirs d’écoles, alors vous vous rappelez que la France au XIXème siècle, c’est globalement le bazar. Sur le plan politique, c’est un véritable va-et-viens incessant entre république et monarchie entre 1789 et 1870. 

Pour vous situer brièvement, notre Duc d’Aumale, c’est un des fils du roi Louis-Philippe qui régna sur la France entre 1830 et 1848. Louis-Philippe n’est autre que le dernier roi des Français. Et les 18 ans de son règne ont été un tournant majeur dans l’histoire que l’on appelle la « monarchie de Juillet ». C’est une monarchie beaucoup plus libérale que la monarchie absolue que l’on connaissait tous, dans laquelle le Roi renonce à son pouvoir absolu de droit divin, pour laisser plus de pouvoir à des factions parlementaires. 

Notre cher Duc d’Aumale est donc le fils de ce monarque français. Il fait une carrière militaire, et est connu pour sa prise victorieuse de la Smala en 1843, pendant la conquête de l’Algérie. Autrement dit, pas vraiment pour des exploits passés à la postérité sur le plan militaire. Mais, c’est bel et bien en dehors des champs de bataille, et en tant qu’amoureux des arts, qu’il créé sa renommée. Il se lance non seulement dans la reconstruction du château de Chantilly, mais y installe également sa grande collection d’objets d’art : tableaux, esquisses, dessins, sculptures, livres reliés.

Chantilly, un château refait à neuf au 19ème siècle.

L’intérieur du château abrite toujours aujourd’hui le Musée Condé, qui met en valeur les nombreuses pièces de sa collection. Le Musée Condé est reconnu comme la deuxième collection de peintures anciennes le plus importante en France, juste après celle du Louvre. On peut y retrouver des chefs d’oeuvres d’époques et pays différents, des peintures italiennes primitives de Fra Angelico, jusqu’aux français du XIXème comme Ingres ou Delacroix, en passant par Watteau, Van Dyke, Botticelli, Poussin, ou bien encore Raphael.

Dans son testament, le Duc d’Aumale avait expressément stipulé que la disposition des oeuvres dans le musée ne devrait jamais être changée après sa mort, et qu’aucune oeuvre ne devrait quitter la collection, et par conséquent le musée. La galerie de peintures que l’on visite aujourd’hui demeure ainsi intacte. L’accrochage des tableaux est maintenu de de manière très serrée, à la mode du 19ème siècle, et cela apporte une sensation d’opulence et de richesse, qui correspond bien aux intentions du Duc D’Aumale. 

Galerie des peintures du Musée Condé

Si vous n’êtes pas particulièrement férus de peinture, vous pouvez quand même aller à Chantilly, juste pour admirer la beauté des lieux. On ne peut qu’être en admiration devant un tel endroit qu’il est possible d’explorer à travers différents angles d’approche. Si vous êtes cinéphiles, vous pouvez rechercher des plans de films tels que Marie-Antoinette de Sofia Coppola, le film de guerre Le jour le plus long, ou encore Vatel, ou Arsène Lupin, qui y ont été tourné.

Ou bien tout simplement vous balader dans les immenses jardins et aller jusqu’au restaurant du Hameau pour goûter la crème Chantilly. Eh oui ! J’ai gardé le meilleur pour la fin avec cette question : la crème Chantilly vient-elle vraiment de Chantilly ?
Roulement de tambours, suspense insoutenable, et la réponse est : non.
On l’attribue à tort au célèbre cuisiner Vatel, alors qu’elle est originaire d’Italie, où elle est appelée neve di latte, neige de lait. L’origine exacte de son arrivée en France est inconnue, mais certains affirment que c’est la plus italienne des reines françaises, Catherine de Médicis, qui la fit venir des cours italiennes lors de son mariage avec le roi Henri II en 1533. 

Toujours est-il que la crème chantilly est aujourd’hui une appellation protégée, et pour pouvoir apparaitre sur une carte de restaurant, elle doit obligatoirement être faite maison (au batteur, à la main, ou en siphon) et montée à base de 3 ingrédients : crème fraîche crue, sucre glace et sucre vanillé. 

A ne pas manquer à Chantilly : 

Le cabinet des Clouets : c’est une petite pièce du musée Condé, couverte de tapisserie d’un rose éclatant, et où une multitude de petits portraits réalisés par Clouet (entre autres) sont présentés. C’était ma pièce préférée du musée, et c’est amusant de regarder les portraits un à un pour voir les têtes bizarroïdes de nos anciens souverains et essayer d’en reconnaitre quelques uns.

Les Trois Grâces, de Raphaël, 1505: maître absolu de la Renaissance italienne, Raphael n’est plus à présenter. C’est sans doute l’oeuvre la plus importante de la collection du musée. On est souvent perturbé par la taille du tableau, comme pour la Joconde, mais l’effet reste toujours le même. 

Le restaurant du Hameau: ouvert tous les jours de midi à 18h, c’est le lieu idéal pour un moment de détente après une longue balade dans les jardins français de Chantilly. Commandez une crème chantilly, ce sera une récompense bien méritée après l’exploration du grand domaine !

Les Trois Grâces, Raphaël, 1504-1505, Musée Condé, Chantilly

Pour découvrir notre toute première vadrouille dans la ville royale de Senlis, c’est juste ici que cela se passe :

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