Haut lieux historique, Aigues-Mortes a été la porte d’entrée du sud du royaume de France à l’époque médiévale. L’histoire de cette ville dont on peut encore aujourd’hui admirer les puissants remparts, est intimement liée à l’un des plus grands rois de France, rien que ça. En effet, Aigues-Mortes a été développée par notre bon vieux Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis. Il devint roi en 1226, et alors qu’il n’était qu’un tout jeune souverain, il cherchait déjà à étendre les frontières du domaine royal français. Il se tourna d’abord vers le sud et fit construire un port militaire à Aigues-Mortes. C’est également d’ici qu’en juin 1248, Saint Louis allait partir pour sa première croisade en Egypte. Et c’est encore de là qu’en juin 1270, il partirait pour sa seconde croisade vers Tunis. 
Récit des deux croisades désastreuses du plus grand roi de France. Allé, un petit café et on part en vadrouille ! 

Louis IX, c’est qui déjà ?

Louis IX (canonisé plus tard pour devenir Saint-Louis) a seulement 12 ans lorsqu’il accède au trône de France en 1226. C’est sa mère, Blanche de Castille, qui assure la régence en attendant sa majorité. Comment se fait-il qu’il devienne Roi si jeune ? Et bien, parce que ça ne devait pas vraiment se passer comme ça. 
Le père de Louis IX n’a régné que 3 ans et est mort subitement en 1226. Pour avoir un ordre d’idée, le roi précédent, le fameux Philippe-Auguste, a régné pendant 40 ans. C’est donc à la tête d’un royaume fragilisé que se retrouve le petit Louis IX, du haut de ses 12 ans. Blanche de Castille assure la régence pour quelques années, mais les français voient d’un mauvais oeil cette reine espagnole qui dirige le pays. C’est pour cela qu’elle fait couronner son fils très rapidement et lui donne une éducation sans faille : théologie, science, armes, le petit Louis a l’esprit vif et le coeur vaillant. 


Blanche de Castille et Saint Louis, détail d’une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1240

Respecté pour ses valeurs incorruptibles, le roi est très vite adulé par le peuple. Il épouse Marguerite de Provence, la fille de son ennemi et auront ensemble 12 enfants. Il ne fera jamais de sa vie d’infidélités à sa reine, et sa piété exemplaire lui vaut le soutien inconditionnel de l’église. La vie de Jésus est son modèle : il donne aux pauvres, se lève toutes les nuits pour prier, ne dépense pas d’argent, s’habille de guenilles, n’organise pas de banquets, n’achète aucun bijoux, et économise au maximum. Les finances du royaume sont au beau fixe, ce qui va lui permettre d’accroître le domaine royal et de fonder la Sorbonne. 
En 1244, il tombe très malade, frôle la mort et guérit miraculeusement. Il voit en cette expérience une épreuve de Dieu et se charge d’une mission divine pour remercier le seigneur : partir en croisade en Orient pour délivrer la Terre Sainte. 

Aigues-Mortes, la stratégie du sud.

Louis IX jette son dévolu sur la petite cité d’Aigues-Mortes pour y construire un grand port militaire. C’est la seule option qu’il a pour avoir un accès à la Méditerranée. A l’époque, le comté de Provence ne fait pas encore partie du domaine royal de France, tandis que le comté de Toulouse possède de l’autre côté tout le Languedoc.
Le Roi parvient à négocier avec les moines qui contrôlaient la ville : il récupère non seulement la ville mais aussi les terres alentour et en échange, il y construit de solides remparts et les habitants sont tous exemptés de la gabelle, l’impôt sur le sel. 

Les remparts et marais salants d’Aigues-Mortes

Louis IX fait également construire des routes, et des marais pour exploiter le sel. A cette époque, la mer arrivait jusqu’aux murailles d’Aigues Mortes mais elle était très peu profonde sur plusieurs kilomètres. Alors, les gros bateaux devaient mouiller au large, et tout un réseau de transport dans des petites barques à fond plat s’est développé, permettant à la cité de développer une économie locale. 

La première croisade de Louis IX

Nous sommes en 1248, le Roi et son armée partent donc d’Aigues-Mortes en direction de l’Egypte. Après un an de trajet en mer, et à la tête d’une armée de plus de 25 000 hommes, ils arrivent enfin. Plus motivés que jamais, ils prennent la ville de Damiette très rapidement et parviennent à traverser le Nil. Ils continuent leur périple jusqu’à la bataille de Mansourah en février 1250, qui est alors la confrontation avec la plus puissante des armées égyptiennes. L’armée de Louis IX sort encore une fois victorieuse, mais très affaiblie. De nombreux proches du roi sont morts au combat, et les croisés sont victimes de plusieurs épidémies consécutives : dysenterie, typhus et scorbut. Le roi lui-même est atteint de dysenterie mais n’arrive pas à se résoudre à faire demi-tour. Manquant de ravitaillement, les croisés prennent finalement la décision de battre en retraite, mais les musulmans leur bloquent le passage du Nil. A la suite de la bataille de Fariskur en avril 1250, Louis IX et une grande partie de son armée sont faits prisonniers, tandis que les malades et blessés sont massacrés. Après maintes négociations, le roi est finalement libéré au bout d’un mois, et apprend le décès de sa très chère mère, Blanche de Castille. Au bout de ces quatre années d’une croisade désastreuse en Egypte, le roi rentre en France. 

Arrivée de Saint Louis à Nicosie. (BnF, Français 5716, fol. 40)

Les chroniques racontent qu’il serait rentré d’Aigues-Mortes à Paris en ne levant pas une seule fois les yeux du sol. Cette campagne était une débâcle totale, il a été fait prisonnier de la honte, et pourtant la foule parisienne l’acclame de manière dithyrambique à son retour. Cet échec l’affecte énormément : c’est un chevalier qui part, et c’est un moine qui revient. Il interprète cette expérience comme une punition divine et se plonge corps et âme dans la foi : il interdit le luxe, il interdit les jeux, il interdit la grivoiserie. Les croisade contre les hérétiques en France fait rage et les cathares sont massacrés. Les juifs, qu’il considère comme le peuple déicide, sont discriminés à travers le port de la rouelle, une étoffe jaune cousue sur les vêtements. Et pendant toutes ces années, Saint Louis garde en tête l’idée de repartir dans une autre croisade, triomphante cette fois-ci. 

La deuxième croisade de Louis IX

Nous sommes en 1270. Louis IX a 56 ans, une santé fragile, il est très mince, voire frêle. Il est vieilli avant l’âge, un peu sourd, aux dents branlantes. Ses proches lui déconseillent de partir. Mais sa foi est plus forte que tout, il est convaincu de sa mission divine ! Il est l’un des souverains les plus puissants de l’époque, il est humain, juste et courageux, il a des vertus en veux-tu en voilà. Alors il se lance !

Malgré sa motivation, il a des difficultés à trouver les fonds nécessaires pour financer cette nouvelle expédition, mais la situation en Orient est catastrophique et la présence chrétienne y est menacée. Il faut partir. Cette fois-ci, le but de l’expédition est Tunis. Pourquoi ce choix étonnant ? Tunis est très loin de la terre sainte, et le calife y a de plutôt bonnes relations avec l’Europe. Alors les historiens se grattent un peu la tête pour expliquer ce choix. Il est possible que le frère de Louis IX, qui était Roi de Sicile, ait usé de son influence pour essayer de conquérir l’Afrique du Nord. On avait l’habitude de voir les croisades passer par l’Est, et puis descendre par la Turquie. Mais là, Louis IX décide d’attaquer le Maghreb.

Le siège de Tunis, Grandes Chroniques de France de Charles V

Le roi retrouve une partie de ses troupes à Aigues-Mortes, puis après une étape en Sardaigne pour rejoindre les troupes siciliennes, tout ce beau monde traverse la Méditerranée et arrive à Carthage. Le temps est épouvantable et le convoi essuie de violentes tempêtes. Les soldats s’entendent très mal entre eux et des conflits font rage dans les troupes. Puis, on découvre rapidement que les réserves d’eau rendent tout le monde malade. Le Roi lance tout de même l’attaque contre la ville de Carthage pour y mettre en sécurité ses hommes entre les remparts. La ville est prise rapidement, mais, ironie du sort, l’armée est victime une seconde fois d’une épidémie de typhus. Le fils de notre bon roi, le prince Jean Tristan meurt début août 1270. Puis le 25 août 1270, Louis IX, meurt à son tour de l’épidémie, et laisse derrière lui un règne de 44 ans. 

Aigues-Mortes

Saint Louis n’aura pas vu les remparts d’Aigues-Mortes construits, mais le port continue tout de même de prospérer pendant deux siècles et devient la porte d’entrée commerciale du royaume de France. 
Mais à partir du 15ème siècle, on voit la baie d’Aigues-Mortes s’ensabler de plus en plus. Le Rhône charrie beaucoup d’alluvions qui restent bloqués dans le delta à cause du manque de marées dans la mer méditerrannée. Le sable reste donc statique et la mer recule de plus en plus loin. Par ailleurs, le comté de Provence est enfin rattaché au domaine royal au 15ème siècle, et Marseille finit par voler la vedette à Aigues Mortes. 
Aigues-Mortes n’est donc pas devenu le plus grand port de Méditerrannée comme l’ambitionnait Saint Louis, mais bel et bien l’un des sites médiévaux les plus beaux à découvrir, encore aujourd’hui. 

BIBLIOGRAPHIE :

BARBERO, Alessandro. Histoires de croisades. 2010. Editions Flammarion.
DEMURGER, Alain. Croisades et croisés au Moyen-Âge. 2011. Editions Flammarion
Au coeur de l’histoire : la dernière croisade de Saint-Louis, Franck Ferrand, 24 septembre 2017. Disponible sur Youtube. 

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