Ecrire un article sur Van Gogh, c’est s’attaquer à l’un des peintres les plus populaires actuellement, avec Leonard De Vinci ou Monet. Tellement a déjà été dit. Son destin est très connu : on pense à l’oreille coupée, à la nuit étoilée, au destin funeste. Mais rares sont ceux qui connaissent la trajectoire de vie de Van Gogh, véritable étoile filante du monde de l’art. Aujourd’hui superstar absolue de la peinture, notre cher Vincent n’a pourtant réellement peint que pendant une dizaine d’années, et n’a vendu qu’une seule toile de son vivant. 

Autoportrait de l’artiste, 1889, huile sur toile, Musée d’Orsay

La vie de Van Gogh c’est la recherche de la couleur : de sa terne et grisâtre Hollande natale jusqu’à l’explosion des couleurs au bord de la Méditerranée, partons dans les pas de Van Gogh, dans une vadrouille initiatique à travers plusieurs toiles du génie de l’expressionnisme. Allez, un petit café et c’est parti ! 

Itinéraire du plus français des hollandais.

Van Gogh était pauvre, alcoolique, syphilitique. On a longtemps comparé son talent à celui d’un enfant de 8 ans. Sa peinture était vue comme étant à la portée de tout le monde. Et pourtant tout le monde n’a pas fait ce qu’il a fait. 

Vincent est d’origine néerlandaise, il est fils de pasteur, érudit, connait bien la littérature et parle parfaitement anglais et français. Il a fait plein de boulots différents : marchand d’art, prof d’allemand, théologien. Il commence à peindre à l’âge de 27 ans, en Hollande. Ses premières toiles représentent des scènes de la vie paysanne s’inspirant de Millet. Le début de son oeuvre est sombre et terne, comme on peut le constater avec Les mangeurs de pomme de terre en 1885.

Les mangeurs de pommes de terre, 1883, huile sur toile, Van Gogh Museum Amsterdam

Dans une époque où l’on avait l’habitude de contempler de grands portraits ou des scènes historiques, Van Gogh peint une chaussure, une fleur, une patate. Pour lui, cela a autant d’importance que tout le reste. Sans en avoir conscience, il vide la peinture de la hiérarchie des sujets et se rapproche pas à pas des toiles impressionnistes. Son frère Théo, marchand d’art, subvient à ses besoins financiers, mais malgré cela, Vincent vit dans une grande pauvreté. Il préfère dépenser ses quelques deniers dans des tubes de peintures que dans des vivres, et va souffrir de graves carences alimentaires au long de sa vie. 

En mars 1886, il décide de s’installer auprès de Théo, à Montmartre. Il y rencontre les impressionnistes et choisit une palette de couleur plus claire. Pissarro le pousse à utiliser des couleurs plus vives. Seurat et Signac lui apportent l’idée du pointillisme. Cézanne lui parle de l’extraordinaire intensité de la couleur dans les paysages du midi. Van Gogh se met alors en tête de partir dans le sud à la recherche la lumière. 

En février 1888, il s’installe à Arles. Son rêve est d’y créer une communauté d’artistes et il invite son ami Paul Gauguin à le rejoindre. L’histoire de leur cohabitation est des plus tumultueuses et reflète une incompatibilité spirituelle évidente entre les deux hommes. Le paradoxe est que Van Gogh était quelqu’un qui souffrait et qui cherchait à aller mieux, tandis que Gauguin avait besoin de souffrir pour créer de l’Art. Ils passent 9 semaines ensemble à Arles, mais ils n’apprécient pas leurs peintures respectives. Van Gogh essaye d’être sympatique avec un Gauguin déprimé, malgré les rejets constants de ce dernier, qui avait besoin de cette dépression créatrice. Finalement, Gauguin décide de tout quitter du jour au lendemain, Van Gogh le prend très mal et décide de se couper l’oreille.

Libérer les couleurs

Ses premiers tableaux dans le Sud explosent de lumière, et sa fascination pour les estampes japonaises ressort dans ses peintures d’arbres en fleur (pêchers et amandiers). Les plantes foisonnent et les paysages sont très fournis, son regard capte tous les détails. Il applique d’épaisses couches de peinture pour saisir la richesse de la nature, la lumière est saturée, et pourtant il fait transparaitre le calme et l’harmonie dans ses toiles.

Depuis Arles, Van Gogh veut admirer l’immensité de la mer et fait un périple aux Saintes Maries. Il vient chercher cette Méditerranée qu’il ne connait qu’à travers les tableaux de ses contemporains Monet, Cézanne ou Renoir. Durant son voyage, il confie à son frère Théo dans une lettre qu’il craint que le vent ne l’empêche de travailler. Et on le comprend bien ! Quand nous y avons été tourné, le vent faisait partie de la fête aussi. Mais le peintre est en liesse : ici, tout est plus coloré. Il sent que sa peinture doit être excessive et qu’il doit se moquer de la vérité des teintes, opposer les couleurs, exagérer les tons. Il s’éloigne peu à peu de l’impressionnisme pour libérer la voie à ses futurs chefs d’oeuvres. Le Van Gogh des tournesols, des nuits étoilées, des champs de blés se découvre donc ici, aux Saintes Maries. 

Dans ses peintures, on a la sensation que le peintre se noie dans les couleurs, on ne voit que du ciel et de la mer. Il veut saisir tous les contrastes des teintes qui se ressemblent : il voit du orange et du jaune dans du bleu. Les formes et les couleurs ont une charge émotionnelle. On n’utilise plus les couleurs pour représenter de manière réelle le monde, mais plutôt pour laisser aux couleurs la possibilité d’exprimer des émotions, des sensations. Aux Saintes, Van Gogh entre dans une période heureuse de sa vie et trouve l’assurance pour faire évoluer sa peinture vers plus d’audace. 

Tempête dans un crâne

Mais ses démons n’étant jamais très loin, Van Gogh reste tourmenté par des accès fréquents d’anxiété et de violence contre lui-même. Il quitte Arles en avril 1889 et décide de se faire interner volontairement à l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence, où on l’encourage à peindre encore plus. Il peint les paysages qu’il voit depuis sa fenêtre, les coquelicots, les cyprès, les iris, les champs de blé. Il peint également d’autres patients de l’asile, ” des gens en chagrin, mais pas des fous “, des gens comme lui. Quand on pense une minute à quel point le monde de l’art parisien était sophistiqué et avait de très hautes attentes envers ses peintres, le contraste avec le travail de Van Gogh est violent. 

Nuit étoilée sur le Rhône, 1888, huile sur toile, Musée d’Orsay

Dans ses toiles, on voit ses coups de pinceaux, la perspective n’est pas réelle, il y a des remous, des spirales, on a l’impression que c’est dessiné par un esprit attardé. Et pourtant, son travail devient passionné, fébrile : il introduit tout le drame des vicissitudes de son existence complexe dans chaque tableau.

En 1890, il déménage à Auvers-sur-Oise, au nord de Paris. Là, après une brève période où il semble être mieux, ses crises nerveuses redoublent et se manifestent dans une peinture d’une violence sans précédent. Dans les 70 derniers jours de sa vie, il travaille inlassablement. On est sur un rythme de presque une toile par jour. Il finit par se tirer un coup de revolver dans un champ de blé. Son frère Théo meurt peu de temps après, en janvier 1891, et est enterré à Auvers aux côtés de Vincent.

En l’espace de 10 ans, Vincent Van Gogh peint environ 500 tableaux. Un rythme frénétique de peinture, pour une oeuvre longtemps méconnue. S’il est aujourd’hui ce peintre acclamé dans le monde entier, c’est grâce au travail minutieux de la femme de Théo, qui passa le reste de sa vie de veuve à répertorier les tableaux de Vincent, ainsi que les relations épistolaires des deux frères. Les tableaux de Van Gogh se vendent aujourd’hui des millions, et sont dispersés dans tous les musées du monde. Le musée de Van Gogh d’Amsterdam en possède une belle collection, mais il est possible d’admirer des chefs-d’oeuvre du maître au musée d’Orsay également. Il peut vous paraître peu original d’entendre dans une bouche de plus “j’aime l’oeuvre de Van Gogh“. Mais pourtant c’est si vrai, Van Gogh est un génie, son oeuvre est transcendante. Voilà, tout est dit.

BIBLIOGRAPHIE : 

GRAHAM-DIXON, Andrew. L’histoire de l’art en images. Flammarion. 2008
METZGER, Rainer. Van Gogh, l’oeuvre complète. Taschen. 
WILSON, Matthew. Décrypter les symboles dans l’Art. Flammarion. 2020
Invitation au voyage : Aux Saintes Maries de la Mer, la vie en bleu de Van Gogh. Arte Production. 2020. Disponible sur arte.tv 

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